Ne plus aller au restaurant …

 

Ne plus aller au restaurant …

Les raisons pour lesquelles je ne vais / nous n’allons (presque) plus au restaurant:

Principalement, en bref: Marre de me/se faire arnaquer.

(tout en en entendant bien les échos persistants de la complainte lancinante et les gémissements à fendre l’âme des restaurateurs qui se plaignent invariablement:

– du manque de fréquentation,

– des clients qui cherchent à payer le moins possible,

– des autres restaurateurs plus compétitifs (ou même meilleurs, eh oui, certains ne manquent pas de culot!),

– du trop grand nombre de restaurants,

– etc.etc.

Titre un peu accrocheur, je sais. En fait j’aurais pu écrire « les raisons pour lesquelles je vais de moins en moins au restaurant ». Mais le résultat est le même. Avec le temps, de la patience, les livres de recettes, les (très bonnes) émissions de télévision et bien sûr le web; on s’aperçoit que, finalement, on est capable de préparer de très bons plats, à partir de recettes plus ou moins complexes, tout ça sans se faire trop arnaquer, ni faire trop de dégâts, ni utiliser une batterie complète de cuisine avec une armée de 18 marmitons pour faire cuire un œuf à la coque.

Bon, on aime ça aussi aller au restaurant, mais la dose de frustration augmente petit à petit, sans jamais se stabiliser ni faire de saut en arrière. Et les motifs de frustration sont devenus trop nombreux avec le temps. Bref, ma blonde/brune et moi on est passé d’une moyenne de deux restaurants par mois à deux restaurants par an. Et on n’exclue pas le fait de passer à deux par siècle…

Et en voici les raisons:

— Les tarifs pratiqués sont de plus en plus prohibitifs

(sans doute pour « compenser » le faible nombre de client…); bien que ce choix tarifaire puisse rapidement accentuer le problème de la faible fréquentation, entrant ainsi dans un vrai cercle vicieux que les restaurateurs ne semblent pas comprendre

— La qualité « incertaine » de certains ingrédients

(on trouve par exemple assez aisément des viandes et légumes biologiques, mais peu de restaurateurs semblent les utiliser -le prix, sans doute- et s’ils le font, ils ne le publicisent pas suffisamment)

— L’attitude générale des restaurateurs, incluant le déroulement du repas, et bien sûr la facturation globale.

Le déroulement du repas

— Ça commence invariablement par l’apéritif, facturé à prix d’or, bien entendu (à refuser!)

— L’entrée: parfois copieuse mais bien souvent minimaliste type « nouvelle cuisine pour vous affamer », avec une rondelle de protéines grande comme un timbre poste, ornée d’un pois chiche et de deux petits pois

— Plat principal: correct en général, mais s’élevant rarement au-dessus du niveau de « bonne cuisine familiale ». En principe, c’est la partie « prioritaire du repas pour laquelle on décide de choisir tel ou tel restaurant. Les déceptions sont nombreuses et l’effet « Waow » de plus en plus rare. La quantité servie restant par ailleurs très souvent « modeste ».

— Fromage: presque jamais inclus ou alors vendu à prix d’or (tarifé au gramme ou par portion de 10 grammes), pour atteindre facilement une fourchette de 50$ à 100$ le kilogramme. On y pense à trois fois avant d’encourager les vaches laitières en burn-out.

— Le dessert: bien souvent, un « dessert du jour », petit dessert « cheap » et bricolé à la hâte, dégelé, réchauffé au micro-ondes (salade de fruits, tarte soi disant « maison »). Il vaut mieux demander des précisions avant (sauf si c’est inclus et sans choix possible). Et si c’est mentionné « choix de dessert », il vaut mieux que la personne qui choisisse soit le client plutôt que le serveur ou même le restaurateur… sans oublier de demander le prix si le dessert n’est pas inclus. Et s’il s’agit d’un vrai bon dessert bien préparé, il faut s’attendre à payer de 8$ à 20$, ça commence à chiffrer tout ça…

— Le café : invariablement, du bon vieux jus de chaussette, bien traditionnel, bien insipide. Si vous aimez ça, ne dites rien… et vous l’aurez! Si par contre vous voulez boire du « vrai » café (espresso, cappucino, etc.), il faut le demander et s’enquérir du tarif exact (bizarrement, il n’y a jamais de « refill » ou de « réchaud » gratuit pour le bon café…) .

— Vins et alcools: la plus grosse arnaque dans les grandes largeurs et longueurs. Le restaurateur fera bien plus de bénéfice (sur votre dos) avec du vin (cheap ou cher) qu’avec des ingrédients de qualité minimale ou passable utilisés pour ses plats. Et la « pression » du serveur ne sera pas en reste, à commencer par le fameux apéritif. Non seulement les tarifs sont proprement scandaleux, mais en plus, si vous achetez votre vin « au verre », vous verrez qu’il n’y a ni verre « standard » ni remplissage « standard ». D’un restaurant à l’autre la quantité versée peut varier du simple au double. Du vol pur et simple. Parce que lorsqu’on vous sert « le double » (comparaison avec un autre resto où le verre serait moins rempli que la normale, ce qui est le cas la majeure partie du temps), on ne vous sert en fait qu’une quantité « normale », au mieux… Cependant, la plupart du temps, vous n’aurez qu’une ridicule quantité de liquide blanc ou rouge. Que les restaurateurs l’admettent ou pas, il faut le dire clairement: le prix du vin en restaurant c’est clairement du vol, tandis que la vente au verre c’est non seulement du vol, mais aussi de l’arnaque certifiée (on prend le client pour un véritable imbécile, naïf et docile). À Montréal on peut trouver le même vin à des prix très différents d’un restaurant à l’autre à des tarifs pouvant varier jusqu’à 50%.

Et alors que vous vous attendiez à payer un verre de « Château Lapompette du Gros Caillou 2002 » (vendu à 11$ la bouteille à la SAQ) à 7 $ pour un verre 150 ml (soit 35 $ la bouteille…), vous risquez de le payez ailleurs 9,50 $ pour 100 ml (soit 67 $ la bouteille). Ce qui fait mathématiquement un coût qui aura doublé à seulement quelques encablures citadines. Sans compter qu’il ne s’agit là que d’une vulgaire piquette et non pas d’un Haut-Brion ni d’un St-Estèphe ni d’un Pomerol.  Un coût qui pourra sextupler entre le prix SAQ et le prix « au verre ». De quoi tout avaler de travers…  Si les restaurateurs étaient vraiment honnêtes et transparents, la quantité servie lors d’une commande de « vin au verre » devrait être non seulement précisée sur la carte mais vérifiable. Par exemple en utilisant des verres gradués. Ça existe!  Comme dans d’autres pays (Grande-Bretagne, France, etc.).

— Bizarrement, les restaurateurs (même dans les grands restaurants) qui n’hésitent pas à vous facturer le fromage au gramme (et il est bel bien pesé), ne spécifient jamais la quantité exacte (ml ou cl) de vin versé dans votre verre…. Quel étrange « hasard » pour ces amoureux du détail et de la précision!

— Les serveurs aiment bien aussi nous « offrir », un supplément quelconque, un café, une option, ou l’apéritif dont je parlais plus haut, etc. Ça commence presque systématiquement par la petite phrase anodine « je peux vous offrir…? ». Cette généreuse « offre » pouvant facilement devenir un extra qui va faire grimper le prix du plat voire du repas de 20% à 50%.  Selon tout bon dictionnaire de langue française (Larousse, Robert, etc.) « offrir » signifie d’abord « donner, présenter en cadeau ». Le restaurateur va employer ce terme -dont il décide lui-même de l’ambiguïté- au lieu de « proposer », plus clair, mais moins rusé. Bien entendu, « offrir » signifie « proposer », « vendre », mais disons que ça passe moins bien question marketing et tirelire…

— Il n’y a pas que les restaurants standards, milieu ou haut de gamme qui mettent en pratique ces ruses de Sioux… Parmi les spécialistes on retrouve des chaînes spécialisées dans les petits-déjeuners ou brunchs. Si vous prenez tout ce qu’on vous « offre » depuis votre arrivée jusqu’au dernier moment du repas, le prix du repas va vite doubler au minimum (jus, sauce, crème, vrai sirop d’érable au lieu du sirop « de poteau » en bouteille, etc.)… De petit supplément en petit supplément, vous allez vite vous apercevoir que vous auriez mieux fait d’aller au Ritz-Carlton ou au Queen-Elizabeth (excellent buffet en passant!)…

La facture…

Et maintenant c’est le moment de payer… Et là, ça va faire mal, très mal.

Sans parler des frustrations diverses accumulées tout au long du repas.

1) Prix total

Entre les taxes qui se rajoutent, le vin à prix exorbitant et le pourboire; attendez-vous à ce que la facture double ou même triple par rapport au prix du plat principal ou du tarif « menu » que vous aviez pourtant prudemment choisi.  Un menu « table d’hôte » à 28,75 $ par personne (entrée, plat principal, dessert, café) va vite atteindre deux cents de dollars à quatre… On est loin de la petite sortie familiale…

2) Le fameux et détestable pourboire (j’ai gardé le meilleur -ou le pire- pour la fin…) .

Bien entendu, il n’est quasiment jamais inclus dans la facture. Et si c’est le cas, refusez et faites rédiger une nouvelle facture (on vous a pris pour un touriste…). En général, on donne en moyenne de 15% dans une fourchette allant de 10% à 20% du montant total du repas (avec ou sans le coût des vins ou alcools, selon le cas) et sans tenir compte des taxes. Toujours choisir un montant fixe (un peu de calcul mental que diable!) plutôt que d’inscrire un pourcentage sur la machine (sinon le pourcentage inclura les taxes!), détail que le serveur se gardera bien de vous mentionner. Et voici le fin mot de l’histoire!

Voici donc un sujet qui me tient à cœur autant qu’il m’horripile. Allez, je saute sans parachute pour vous parler du pourboire. Le “pourboire”, qu’on donne, qu’on jette, qu’on arrache de notre porte-monnaie, parfois de bon gré, parfois à contrecœur. Le «pour-boire»… Même si celui ou celle qui le reçoit n’a pas soif et même s’il a accès à toute l’eau nécessaire dans l’arrière-cuisine…

Je l’admets volontiers, je pense que le pourboire, quel que soit le pays, est une coutume plus ou moins ancestrale, barbare même et qui me tape royalement sur les nerfs. J’appellerais même ça de l’extorsion souriante. J’ai toujours l’impression de me faire arnaquer consciemment, voluptueusement même. Une arnaque à laquelle je dois réagir avec le sourire et la plus grande générosité. Eh bien, vous l’aurez deviné, je ne suis pas d’accord. Et je dois vous dire que je milite avec ferveur pour des repas sans pourboire, ni taxes. Là, je sens que vous êtes un peu plus de mon côté… Pas de taxes, tout le monde ou presque est “pour”! Il faudrait vraiment que tous ces suppléments hypocrites, arbitraires, qui font atrocement gonfler le prix du repas, soient au minimum inclus dans le prix affiché… On saurait alors au moins à quoi s’en tenir très exactement dès le début. Je suis sûr et certain qu’au fond de nous, au plus profond de notre estomac; lorsque l’envie d’aller au restaurant se fait pressante, on se ferme les yeux volontairement, on s’aveugle et on refuse de penser à la facture finale se contenant de dire «Oh, chéri/e, tu as vu, le plat du jour / le menu du soir est “seulement” à XX dollars». Histoire de succomber sans culpabilité à l’appel des papilles, ou en comptant sur une amnésie mutuellement consentie. Amnésie suivie d’un brutal et onéreux rappel à la réalité lorsque viendra le moment de sortir votre carte plastique, vos billets ou votre petite monnaie.

Vous pensez réellement que le pourboire sert à récompenser le bon et loyal serveur ou la gentille et efficace serveuse? Que nenni. Je vous le dis comme je le pense et comme même les restaurateurs l’admettent (un comble!), le pourboire n’est rien d’autre qu’une portion du salaire du personnel de restaurant, portion extorquée plus ou moins violemment au client; un complément de salaire que le restaurateur trop radin et trop retors refuse de verser à son personnel de salle. Point final. Je ne compte plus les serveurs et serveuses au “service” exécrable, ou dont la qualité du travail en salle n’est que proportionnelle au prix de la bouteille de vin que vous commandez ou aux “légers suppléments” (voir ci-haut) qu’on vous susurre ou qu’on suggère plus ou moins aimablement tout au long du repas (apéritif, parmesan sur les pâtes, pain grillé, dessert) disons un dessert différent de l’indigeste jello “de série”. Sans parler du café espresso au lieu du jus de chaussettes sales “traditionnel”. Et tout ceci sans jamais vous informer du tarif, sauf au moment de payer l’addition… À petite commande, petit service garanti. Et c’est quasiment systématique.

Vous buvez de l’eau au lieu de commander du vin à 50 dollars la bouteille? Attendez-vous à un service minable et à devoir laisser un pourboire “compensatoire”, tout comme on extorque une “prestation compensatoire” en cas de divorce… Et je ne parle pas (pas tout de suite du moins) de la déplorable manie consistant à laisser un petit pot (pour y déposer un pourboire, bien entendu) même dans les établissements où il n’y a aucun service particulier rendu (nettoyeur, boulangerie, dépanneur, etc.). La mendicité institutionnalisée des riches pour vider les poches des classes moyennes ou moins riches.

Vous trouvez que j’exagère? Pensez-y bien. Lorsque votre patron vous paye, vous attendez-vous à un pourboire forcé de la part du “client” que vous « servez »? Faudrait-il payer un pourboire à l’infirmière de triage aux urgences? Au médecin qui nous soigne? À l’ambulancier qui nous a transporté? Vous imaginez le personnel d’une université répondant aux demandes de renseignement des étudiants qui, réponse obtenue, devraient envoyer un pourboire par PayPal à la préposée du service aux étudiants? Et, petit aparté, vous trouvez ça normal de laisser un pourboire à quelqu’un qui est déjà à son compte et qui fixe lui-même ses tarifs? En fait, pour un repas, je préfère payer une somme globale plus élevée qui inclurait un pourboire et des taxes plutôt que voir une facture faussement raisonnable, qui va subitement exploser par deux arnaques ajoutées. Et je ne dois pas être le seul.

Si je dois payer un pourboire qui n’est rien d’autre qu’un salaire déguisé, je deviens donc un employeur. Et si je deviens un employeur, ces sommes d’argent appelées “pourboires” deviennent donc des charges sociales et sont donc déductibles de mon revenu et de mes impôts. Je n’en démordrai pas! 

Ce n’est pas aux clients à effectuer des compensations salariales si la rémunération des serveurs est trop faible. Que ces derniers négocient, argumentent, contestent, protestent, fassent grève; peu importe. Tant qu’ils ne prennent pas le client otage. Le client n’a pas à tenir le rôle de chef syndicaliste ni celui d’avocat, ni celui de philanthrope. Quand bien même que les serveurs seraient payés 2 dollars de l’heure, ce n’est pas au client à se substituer à l’employeur.  Et quand on veut faire entrer de force dans la tête du client de restaurant que le serveur n’a pas à payer ni subir les conséquences d’un plat insipide, froid, mauvais, inacceptable pour quelque raison que ce soit (et donc, que l’on ne devrait pas pénaliser le serveur avec un petit pourboire), je réponds que c’est faux, archi-faux et inacceptable comme argumentation. En acceptant de travailler dans un restaurant minable le serveur endosse de facto les méthodes de son employeur et la qualité des repas préparés. Vous accepteriez de verser un somptueux pourboire à un chauffeur de taxi aimable et souriant qui vous a baladé (mot à double-sens) dans toute la ville pour aller du point A au point B, prenant une heure de votre temps au lieu de vingt minutes et qui vous a fait manquer votre train ou votre avion? Juste parce qu’il était aimable et souriant?

Le serveur est tout aussi lié à la cuisine qu’au reste de l’entreprise de restauration. Et si le serveur est lent, maladroit, débordé -par exemple en raison d’un surplus de travail ou de clients, etc.-; ça veut donc dire que le personnel global est insuffisant. Il s’agit donc de mauvaise gestion. Et le client n’a pas à payer pour ça. Si certains « bien-pensant » estiment que ce n’est pas la faute du serveur, je réponds: OK. Mais ce n’est pas davantage la faute -ni la responsabilité- du client! Déresponsabiliser et désolidariser le serveur de son employeur est une arnaque intellectuelle, une vue de l’esprit, un sophisme inacceptable. À ce compte-là, si on pousse le raisonnement à peine plus loin, le serveur peut nous apporter deux rouleaux bien fumants de merde en barre, pas de problème, il aura son 15%, du moment qu’il a été aimable et ponctuel….

La seule méthode de paye logique et acceptable serait un salaire correct pour le personnel de restauration et des repas à tarif fixe incluant taxes et pourboires. Ou au moins le pourboire. Ainsi la comparaison d’un restaurant à l’autre serait plus aisée pour le client. Et au moins, tout le monde serait à logé à la même enseigne, sans jouer sur l’humeur, bonne ou mauvaise, du client ou du serveur, sans pression indue et en toute transparence.  Ensuite, libre au client d’aller où il veut!

Mais pour l’instant, je cuisine chez moi, nous cuisinons chez nous, à l’abri des restaurateurs prédateurs. Pas de « taxes en sus », pas de pourboire extorqué, pas de frais de déplacement ni de stationnement. Merci Mme Di Stasio!

 

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