La bureaucratie et la mort

Cet été, mon beau-père est mort. Terrassé par une MPOC en phase terminale. Maladie Pulmonaire Obstructive Chronique. Cela faisait 7 ans qu’il en souffrait. Le responsable? Le tabac, bien sûr. Ironiquement, il allait commencer à en être atteint après avoir arrêté de fumer. Chaque année, c’était la même chose. Les médecins disaient à ma mère que son conjoint décèderait dans les 365 prochains jours. Chaque année, le même petit drame, la même petite crise de larmes et, au bout du compte, il passait au travers. Son état empirait chaque année, mais théoriquement, il aurait dû être mort il y a 4 ou 5 ans. Même dans son lit d’hôpital, il aura lutté 4 jours contre la grande Faucheuse. Le temps de dire ses adieux et de partir durant la nuit juste avant la Saint-Jean.

À partir de ce moment, il y a bien sûr tout le processus du deuil qui s’enclenche. Vous avez tous entendu parler du modèle de Kübler-Ross (choc, déni, colère, marchandage, dépression et acceptation). Ce qui n’est dit nulle part, par contre, ce sont les étapes bureaucratiques à faire. Certes, le gouvernement du Québec propose bien un petit guide sur le Net, mais cela ne donne aucun portrait réel de ce qui s’amorce.

Sachez-le, ça va vous coûter cher! Cette idée que la mort = coup d’argent est fausse — sauf peut-être chez les très riches. Ce qui n’était pas le cas de mon beau-père. Il a même offert son corps à la science pour éviter à ma mère des frais de crémation, des funérailles et tout le cérémonial funéraire qu’il détestait. Il faudra payer pour les papiers de décès, les recherches testamentaires, etc. Oh et ne comptez pas sur les photocopies, tout le monde veut l’acte original de décès… Et je sais, on me dira que cela est pour éviter les petites arnaques. Ces faussaires qui se font passer pour mort… Toutefois, les intervenants semblent oublier qu’il y a une ou des personnes à l’autre bout des contraintes et règles bureaucratiques. Des individus endeuillés qui doivent déjà composer avec la perte d’un proche. Personne n’a, à cette occasion, envie de se battre contre la machine gouvernementale.

J’entends souvent que les fonctionnaires sont mauvais, qu’ils devraient prendre exemple sur l’entreprise privée. Je trouve cet argument ridicule. Les compagnies peuvent être aussi emmerdantes, rigides et froides. Appelez une de ces entreprises de télécommunication, par exemple, pour leur signaler un problème sur votre facture. Vous me direz s’ils sont aussi efficaces et à votre service qu’au gouvernement. Pas du tout; la problématique est la même. Quand on appelle, ce n’est jamais la même personne qui nous parle, donc il faut toujours réexpliquer le dossier du début… Bien souvent, en plus, les employés se contredisent et qui passe pour le beau tata? Nous, bien sûr.

Certes, les fonctionnaires sont syndiqués et donc un peu plus protégés même quand ils sont incompétents contrairement à l’entreprise privée. Hormis cet argument antisyndical, il n’y a rien qui différencie la compétence du secteur public face au privé. Par exemple, dans le dossier de mon beau-père mort en juin, sa compagnie de cellulaire (que je tairai ici) a continué de lui envoyer des comptes jusqu’au début septembre. D’accord, ils ne réclamaient pas de montant, mais quel gaspillage de papier et d’argent! Et ils le savaient depuis des mois, en plus.

C’est ça le problème de la bureaucratie ou du service au consommateur aveugle. Nous ne sommes plus des humains, mais un numéro gentiment assigné. Qu’il soit d’assurance sociale ou de compte, cela revient au même. Nous avons gommé tout sentiment de nos transactions. En fait, nous l’avons même fait dans nos vies en général. « Quoi? Tu es encore en deuil? Reviens-en, ça fait des mois (ou des années)! » Peut-être, mais le cœur humain n’est pas fait de cette façon. Il doit vivre ce qu’il a à vivre sous peine de tout refouler pour, un jour, exploser de la pire des façons.

J’ai souvent vu les familles de victimes d’actes criminels exiger plus, demander de l’aide, de l’accompagnement. Je suis bien d’accord, mais je crois que tous les gens endeuillés doivent aussi être accompagnés et aidés par le système. Quand une vie s’éteint, un pan du bâtiment de ses proches s’écroule. Il faudrait l’expliquer à ces personnes derrière un bureau.

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Une réflexion sur “La bureaucratie et la mort

  1. Tout à fait d’accord. À trop exiger l’efficacité, on en vient à oublier l’être humain devant nous ou au bout du fil. Et celui qui donne le service est est souvent tout autant à plaindre, il n’est pas à sa place, trop contraint. Mes condoléances.

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