I, Asimov

Première Loi : « Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. » ;

Deuxième Loi : « Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi. » ;

Troisième Loi : « Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »

J’ai récemment découvert le taliaent d’Isaac Asimov, cet auteur prolifique de science-fiction du siècle précédent. Ça m’a pris quelques années, j’ai parfois eu du mal à entrer dans la matière, mais j’ai fini par tomber sous le charme de ses fictions les plus populaires (les robots, le cycle de Fondation, plusieurs nouvelles et autres romans). Ça représente une toute petite port
ion de sa bibliographie, qui dénombre plus de 500 ouvrages de fiction et non-fiction au total, en plus de cinquante ans de métier.

Asimov est l’inventeur du terme « robotique », avec sa série de nouvelles et de livres sur les robots, qui a pour précepte les fameuses trois lois de la robotique citées ci-dessus.

Une fois les trois lois établies, l’auteur se prend au jeu d’en tester les limites de façon tout à fait insolite. Sa façon de me surprendre m’a soufflée, tout simplement. À chaque détour, alors que je croyais comprendre ce qui se profilait à l’horizon, il a réussi à m’étonner. C’est un talent rare, et même si la lecture de son autobiographie (I, Asimov) me l’a fait apparaître comme un personnage à l’ego démesuré, je peux dire qu’avec tout ce qu’il a accompli dans sa vie, il mérite amplement de se péter les bretelles. D’ailleurs, son sens de l’humour et de l’autodérision finit de nous le rendre sympathique. Comme il l’affirme lui-même, il n’est pas du tout modeste, mais tout ce qu’il raconte qui pourrait passer pour de la vantardise est absolument vrai et vérifiable, donc à ce titre, il se trouve en droit de le dire.

Très tôt en début de carrière (dans la vingtaine), il a réalisé qu’il n’était pas aussi talentueux que d’autres au sens littéraire et poétique. Il pouvait toutefois publier tout ce qu’il écrivait, et s’il n’était pas le meilleur, il serait au moins le plus prolifique. C’est en partie ce qui l’a motivé à rééditer ses anciennes publications, à éditer des anthologies et des recueils de ses courtes histoires qu’il annotait pour les personnaliser et offrir un petit quelque chose supplémentaire. Cette procédure lui permettait de compter ces publications comme des nouvelles, même si elles ne contenaient qu’une série d’anciens textes. Si vous me demandez mon avis, c’est de la triche mais bon, on aime trop lire ses commentaires en début ou en fin de textes, alors on en reprend ! Aussi, il est reconnu pour la limpidité de ses explications, ce qu’il explique lui même avec une analogie avec le verre clair à côté de la mosaïque. Le dernier est plus joli à regarder, mais c’est à travers le premier qu’on voit mieux ce qu’il y a à travers, un art en soi.

sci fi le grand livre des robotsDeux choses m’ont tout de même un peu déçue de ce visionnaire de génie, les deux en lien avec l’époque à laquelle les histoires étaient écrites et qui fait mal vieillir le texte : le tabac et la place des femmes. La cigarette se retrouve omniprésente chez nombreux de ses personnages, comme un accessoire usuel et si permanent qu’il imaginait ses protagonistes fumer dans leurs bureaux fermés, dans un futur extrêmement lointain. J’ai d’abord assumé qu’il était lui-même fumeur, qu’il vivait dans une époque ou le tabac était rencontré partout, et c’était normal qu’il imagine le tabac survivre au temps. C’est pourquoi j’ai été surprise d’apprendre dans son autobiographie qu’il détestait le tabac, surtout parce que sa première femme fumait à la maison, et qu’il ne supportait pas d’habiter dans un environnement enfumé. Étrange, non ? Et en tant qu’homme de sciences et vulgarisateur scientifique (il était chimiste), il était très au courant des dangers du tabac et de la fumée secondaire, donc il aurait dû envisager un futur sans fumée. Pour moi, c’est une incohérence de retrouver un personnage qui fume dans le futur très lointain, à moins que ce soit une habitude complètement désuète et qu’on le souligne, mais c’est seulement mon opinion. Bref, chaque cigarette m’a fait tiquer.

L’autre point qui m’a légèrement échaudée concerne la place des femmes dans les écrits d’Asimov. Encore une fois, je comprends qu’il vivait avec son époque lorsqu’il a commencé à publier (fin adolescence — début vingtaine, dans les années 40), et la place des femmes en société était tout autre. Mais j’ai noté à travers ses nombreux romans et nouvelles qu’il n’y avait que peu de personnages féminins, et que ces femmes jouaient presque toujours un rôle très mineur, et ne servaient que de faire-valoir pour les personnages masculins. Là encore, Asimov soutient que lorsqu’il a commencé à lire de la science-fiction populaire (de la pulp fiction) à l’adolescence, il a relevé la futilité de la présence féminine qui servait surtout à attiser le désir, ou encore à donner une quête au héros. La femme incarnait un trophée à convoiter pour le héros dans ce type de publication, populaire surtout chez les hommes. Et lui-même s’est promis d’éviter cette fâcheuse tendance. Son meilleur personnage féminin reste Susan Calvin. Cette protagoniste représente, selon moi, la seule bonne héroïne féminine créée par Asimov. Robopsychologue à l’institut US Robots, c’est une femme accomplie, intelligente, pleine de ressource, mais encore, je ne suis pas tout à fait vendue. C’est que malgré ses qualités indéniables, elle était vieille fille (bien sûr, quel homme aurait voulu d’une femme aussi intelligente ?), revêche, et selon une nouvelle, s’est vite entichée d’un robot qu’elle considérait comme son propre enfant, comme si une femme ne pouvait faire autrement que de refouler ses instincts maternels pour se vouer à son travail. Dans une autre nouvelle, on la voit se pomponner pour plaire à un jeune homme de son département, elle agir en sotte, et ce n’est pas très flatteur pour cette protagoniste très appréciée des lecteurs. Décevant. Mais c’était d’époque, je suppose, au moment des publications, dans les débuts d’Asimov donc dans les années quarante et cinquante.

Il reste qu’Asimov, malgré ces petits irritants qu’on peut facilement excuser, a su captiver mon imaginaire durant de longs mois à me familiariser avec sa fiction. Même qu’après avoir lu des dizaines d’ouvrages, j’ai tout de suite eu le goût de recommencer du début. C’est dire, non ?

Je vous recommande de commencer par les nouvelles (Les robots) pour mieux comprendre les lois de la robotique qui définissent toutes les enquêtes policières de l’enquêteur Baley, que l’on découvre dans le cycle d’Élijah Baley, avec Les cavernes d’acier.

Bonne lecture !

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