La présomption d’innocence au banc des accusés

Bon, déjà, je dois spécifier et je ne pensais jamais que j’aurais à le faire : je n’ai aucune sympathie envers les pédophiles ni ceux qui consomment de la porno juvénile. Zéro. Niet. Si tu as des problèmes de déviance, tu vas te faire soigner. Point à la ligne. Eh oui, je sais que certains de ces abjects individus oseront faire le parallèle douteux entre leur « état » et l’homosexualité. Ce à quoi je réponds un gigantesque doigt d’honneur. Les homosexuels couchent et aiment des gens adultes, qui ont la majorité et qui comprennent ce qu’est le sexe. Pas des enfants. Peu importe ce qu’ils me diront, ils ne me feront jamais croire qu’un bambin de 2 ans ou une petite puce de 7 ans ou même 12 ans aient ce genre de désir.

Bon, maintenant que c’est fait, je dois maintenant traiter d’un sujet délicat. À la fin août, on le sait, dans la région de Trois-Rivières, a eu lieu l’arrestation de Jonathan Bettez, dirigeant de l’entreprise d’emballage du même nom, pour possession et distribution de pornographie juvénile. Il faut aussi dire qu’il est un des principaux suspects dans l’affaire du meurtre de Cédrika Provencher dont les ossements ont été retrouvés en décembre 2015. Bien sûr, il y a de nombreuses pistes menant à penser qu’il aurait commis le geste dont le fait qu’il possédait une Acura rouge qui était recherchée à l’époque et qu’il a refusé le test du polygraphe contrairement aux autres. Effectivement, ça ne regarde pas bien dit comme ça.

Sauf que notre système de justice fonctionne sous la présomption d’innocence. C’est-à-dire qu’il doit prouver hors de tout doute raisonnable que l’individu est coupable. Or, malgré tous ces supposés éléments incriminants, la Sûreté du Québec n’a pas encore accusé l’homme du meurtre de l’enfant. Pourquoi? Visiblement parce qu’elle n’a rien qui convainc un procureur de porter ces chefs d’accusation contrairement à cette histoire de possession de porno infantile. Or, un corps policier frustré peut commettre des actes éthiquement douteux. Ainsi, au lieu de le faire passer en catimini hors du tribunal, on a décidé qu’il déambulerait là où il y avait la foule qui vociférait des bêtises. Et aussitôt les polémistes de service ont même crié qu’il fallait qu’il meure… alors que je rappelle qu’il est, qu’on le veuille ou non, innocent jusqu’à preuve du contraire.

Là-dessus, je rejoins totalement l’avis de l’ancien ministre Marc Bellemare qui considère que tout cela était un cirque et que le lien se fait trop facilement avec l’affaire Provencher sans qu’il y ait d’accusations.

Oui, mais il n’a qu’à passer le polygraphe pour s’innocenter d’abord… serait tenté de dire le cerveau reptilien qui cherche encore du sang. Peut-être, mais même s’il le faisait et que cela montrait qu’il est coupable du meurtre, cela serait irrecevable en vertu de la justice canadienne. D’ailleurs, les tests de polygraphe, malgré ce que disent les séries télé, ne valent absolument rien. Il suffit de transpirer un peu ou d’être nerveux pour que la machine pense que l’on ment. Et une personne stoïque pourra totalement tromper le polygraphe et son analyste. Peut-être d’ailleurs qu’un de ses volontaires d’Acura rouge a réussi à berner le test en étant le tueur. Voici une intéressante vidéo (en anglais) qui déboulonne le mythe du détecteur de mensonges :

Cela ne veut pas dire que Jonathan Bettez est innocent non plus. Et s’il est coupable, j’espère aussi qu’il aura une bonne sentence et qu’on l’enfermera à double tour. Je suis même d’accord avec l’idée de ne pas donner de possibilité de libération conditionnelle pour un individu qui n’a démontré aucune volonté de réhabilitation par le biais de thérapies, entre autres.

Mais il faut être sérieux. Nous avons la présomption d’innocence. Or, je pense qu’on l’oublie vite. Y compris pour des personnages aussi détestables que Bettez. Même Nathalie Normandeau, que je ne porte pas du tout dans mon cœur et dont je souhaite qu’elle soit reconnue coupable, a droit à un procès juste et équitable dans lequel elle est innocente jusqu’à preuve du contraire.

Aujourd’hui, à écouter certains individus, il faudrait tomber dans une justice populaire (et populiste). Pensez juste à ce père qui a oublié son fils dans sa voiture et qui est décédé. Tout de suite, les accusations sur les réseaux sociaux : « Père indigne! On devrait te tuer toi aussi! Tu ne devrais plus jamais avoir d’enfants! » Et je comprends le sentiment. Mais écoutez l’entrevue du père donnée à Paul Arcand. Vous allez voir qu’il y a un autre volet à une histoire. Ça ne pardonne rien. Ça ne change rien. Ça ne ramène pas le petit bonhomme. Et qui sait? Peut-être mérite-t-il une peine de négligence. Je trouve toutefois intéressant d’avoir ce côté de la médaille pour se faire une tête. Pour comprendre qu’il est facile de juger les autres de loin.

Oui, la justice n’est pas parfaite. Elle est humaine. Chaque année, il y aura des verdicts plus ou moins bien accueillis. Par exemple, j’ai bien de la difficulté à avaler qu’un gars qui remplit son char de fusils et de matériel pour des cocktails Molotov avant de monter précisément en voiture chez de gens qu’il déteste politiquement est coupable de meurtre non prémédité. Mais c’est la vie. Et il y a des processus d’appel. C’est ce qui est arrivé avec la fameuse affaire Turcotte.

Mieux vaut un système judiciaire imparfait qui empêche, et ce n’est pas toujours le cas, de condamner des innocents que le contraire. Oui, je sais, le cerveau reptilien ne veut pas l’entendre, mais voilà la triste réalité.

 

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