Ma Bell cause pour la cause

J’ai connu la maladie mentale à l’université, il y a plusieurs années. Ce n’était pas moi qui la vivais directement, mais mon copain qui souffrait depuis plusieurs années de troubles anxieux. Quand nous avons commencé à nous fréquenter, j’en ignorais tout. Et lui, parce qu’il vivait de l’anxiété, et qu’il avait peur de ma réaction, a choisi de tout me cacher. Il parlait de moi à sa thérapeute, qui l’encourageait à partager avec moi ses difficultés au quotidien, mais il n’y arrivait tout simplement pas. L’angoisse qui le reprenait chaque fois qu’il songeait à ma possible réaction le paralysait totalement.

bellcause

Il m’inventait des histoires pour justifier ses palpitations cardiaques, ses réveils en sursaut la nuit, il se forgeait de toute pièce un passé imaginaire, croyant que je le rejetterais si je savais tout sur lui. Ce n’est que deux ans plus tard que j’ai fini par apprendre qu’il souffrait d’un problème de santé mentale. À ce moment, nos études nous avaient éloignés l’un de l’autre et je ne le voyais qu’un weekend sur deux en général. Durant quelques semaines, mon copain avait cessé de m’appeler, il ne répondait plus au téléphone, et ne rentrait plus à son labo de recherche. Je n’arrivais pas à entrer en contact avec lui, et ses collègues ne lui transmettaient pas mes messages, ne semblaient pas se préoccuper de son sort. Je m’inquiétais, mais ça lui prenait à l’occasion d’être si absorbé dans ses tâches qu’il en oubliait de manger et de m’appeler, c’était possible, sauf que… Je l’aurais trouvé au labo. C’était franchement dérangeant. Je ne connaissais pas le trouble d’anxiété à ce moment, ni aucune autre maladie mentale. Je lui en reprochais de m’ignorer mon existence, je croyais qu’il ne voulait plus de moi.

 

Et puis, ma grand-mère est décédée. Il n’était pas présent pour moi, il ne répondait toujours pas au téléphone. J’ai vécu durement mon deuil, je me sentais seule et abandonnée par mon amoureux. Finalement, en revenant des funérailles, j’ai réussi à le joindre au téléphone et je suis passée le visiter pour m’expliquer avec lui. Je voulais des excuses. Plutôt que des excuses, j’ai reçu des aveux, mais des aveux si terribles que je ne savais plus quoi répondre, j’étais bouche bée. Il était en pleine crise depuis des semaines, il n’arrivait plus à sortir de chez lui, ou au strict minimum. Il ne dormait plus et vivait l’enfer. Il a finalement vidé son sac, m’a expliqué sa condition, qu’il ne pouvait plus me cacher de toute façon. J’étais estomaquée. Je n’avais rien soupçonné depuis le début, rien vu venir, je n’y connaissais rien. Et en y réfléchissant bien, j’ai réalisé à ce moment-là que dans mon ignorance, j’avais involontairement empiré son mal-être. Toutes les fois où il s’est montré distant avec moi, où il refusait de m’expliquer ce qu’il vivait, ou que je sentais qu’il me cachait quelque chose, ces situations ont creusé un fossé entre nous, un fossé rendu infranchissable. Quand j’ai compris tout ceci, je m’en suis beaucoup voulu de mon ignorance, de ma naïveté. J’aurais dû voir quelque chose, non ? Pourtant, il fonctionnait normalement, ne prenait pas de médicaments, il travaillait, et j’ignorais totalement qu’il consultait un psychiatre. Comment ai-je pu côtoyer un homme presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre durant tout ce temps sans soupçonner qu’il vivait dans la douleur ? La pilule a été dure à avaler.

 

Un couple fondé sur un mensonge n’est pas fait pour durer. La leçon que je tire aujourd’hui de cette relation difficile, mais combien riche, c’est que nos difficultés de couple auraient pu être évitées si j’avais mieux connu la maladie mentale, si j’avais pu l’aider quand il a eu besoin de moi. Lui n’y pouvait rien, il était souffrant, il a fait de son mieux. Mais moi, qu’elle était mon excuse ? Je portais des visières, je le voyais comme je souhaitais le voir, et j’occultais la réalité.

 

J’espère sincèrement que des journées de sensibilisation comme l’initiative Bell cause pour la cause aideront à démystifier la maladie mentale pour qu’un jour, nous puissions tous comprendre les êtres aimés qui souffrent de ce fléau, et les soutenir dans leurs épreuves, comme nous aimerons être soutenus si un jour ça nous arrive. Nul n’est à l’abri de la maladie mentale, et qu’on se le dise !

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